BAGARRE DES CORPS, 2015 (Extrait)

Un balancement du corps en surface mobile et perpétuel. De l’ébullition le geste se créé, il trace en deux temps. A la lumière de son ombre. Brusque transparaît la vie intérieure.
Silencieuse.

Il déplace la masse d’air, en transe : instant d’une durée relative. Traverse la toile vierge, laisse la souillure du pigment.
Vie furieuse.

Dans ce corps contenant, sans remords j’ai essayé de sortir. En vain projetée contre un mur, ce plafond. Toujours loin, organique.
Il pourrait se palper mais contraint avant : particules, molécules, mirages.

Et le mouvement que l’intention commande ? Dans la chute de raisons absurdes je conte une histoire :

L’inconnue voudrait son corps dynamité. Explosion préméditée, dans la tension s’extirpe les viscères. Les os brûleront, j’écouterai la résonance.

Il n’est pas juste un corps. Sculpté, disloqué. Déchiqueté-mutilé.
Ouvert : le monde l’embrase.
Joli

par ses soubresauts. Je marque le rythme.

Marche le tempo.

Je remarquai être hors du monde. Corps-médiation pris en expansion, les hanches amples composant le nouvel artifice. Les pièces n’attendaient pour se déployer, l’une l’autre. L’entité devenue unique principe.

Je partis découvrir ce qui me surprendrait tout le jour un peu la nuit. Me tenir éveillée de quelque événement.
Dans les moindres détails j’ai aimé mangé consumé. A n’en plus pouvoir, je dégoulinais et me dégoutais. Au fond, c’était la jouissance.

Je goûtai la libération tendre.
La chair m’en apparaitra d’une évidence répugnante. Pleine de sang. Insoutenable au regard, non plus comestible.

Je ne digérais pas cette viande étrangère, trop similaire. Le jus suinte, animé en puissance.
Rouge c’est agressif.

De l’esprit à la panse, les entrailles nœud de passions. Elles changeaient de formes et de tournure.

M’échappaient.

Les plis se formaient sous la main. L’aventureux l’effleurait à la croire ainsi, quand elle ne se voyait plus

son image.

On aimerait se souvenir, tapisser l’intérieur. Déposer son empreinte, or le réel est distant.

Il faisait la « Bagarre des corps ». Voulait toucher et provoquer, voire dépouiller. Mime d’un geste modeleur : presse ses doigts ensemble.
Se faire rencontrer les matières, les travailler et contempler. Chercher l’autre dans sa substance, sentir « cela » sur la peau, dans la main, entre les doigts. Face à l’autre : soi en demi-teinte. Dans ce rapport confiné les dimensions flottent dans un costume trop large. La mauvaise coupe faute de taille.

Dessiner ne reproduit l’éclat, au risque d’aplatir l’aplanissement. D’enfermer le corps dans les coins d’un papier. Le volume ou la perspective d’une feuille non-trouée ne dévoilent que sa présence. Il n’est de fenêtre ouverte : du renvoi aux pieds à répétition.

Force réduite systématique : l’espace tourné dans une des directions.
Les mots s’échangeaient. Les questions aussi. Allongés qui devient trophée?

Pour la bagarre il faut être deux, au moins. Se heurter de loin. En mêlée ; recommencer, devenir nouveau.
Être celui qui n’existe pas sans le choc.
L’entrechoqué qui étreint pour couler en permanence. Pas assuré d’une quête dans les débris, décombres de l’imaginaire. En miettes, les idées jonchent

le sol. Écrasées, persistent fossilisées. A présent transportables comme un caillou dans la poche.

Tout culbute.

Mesurer le monde :

l’échelle c’était soi. L’unité pouvait-elle être en dehors ? Détachée de sa consistance originelle, on ne retournerait pas à ce que l’on fût.
Donner à la peau son enveloppe.

Déprécier le désir :

frémissant au contact des courbes, aveuglement. Pénétrant le territoire. Touchée par cette violence maîtrisée, happée au souffle retenu.
Se donner sans les armes.

Le geste créateur, sous la couche d’habits retirant la chaleur, d’une telle confiance. Aux clavicules découpe saillante et délicate.
Quelle odeur glissée entre des jambes, sous une aisselle, derrière l’oreille ? D’une totale facétie, baignés dans le liquide, ils respirent sous l’eau.
Le genou brisé se délite; ficelle fine effilochée.

Danser pour se délivrer et foudroyer l’homme social.

Ailleurs le corps n’est pas libre, l’âme non plus. L’itinérance n’est pas vagabonde.

Je composais l’espace du calme. L’entrebâillement du monde, à bout de force.

La complétude: plumage velours de la peau fine sous l’œil.
Les corps somnolent impassibles : tête-torse.
On ne se prononce plus.

J’imaginais le lieu d’une invitation.
Cette idée du corps qui n’est pas le corps. Cette idée du corps, chevelure tourmentée. C’est grand dans le calcul des centimètres manquants. On ose franchir l’autre dans la lutte.
Je m’étais donnée. Chacun sur un bord, le bon traitement des charmes délicieux.

Dévaler les pentes, décaler les chemins

enfin le corps étale.

Mon prénom de l’univers. Je ne suis qu’un corps demain ou un être
qui sera.
Un être pris de temps ;

on se figure l’histoire sans trace, ce qu’on veut en dire, ce qu’on endure, ce qu’on en garde.

Puis tu penses que les hommes se rencontrent à taille égale.

La matière se passe de verbe. Sous le regard se projettent les couches du corps. Palimpseste mémoriel.
A deux chacun fait un : l’origine est au rapport.

La voix corporelle est le touché sans affecte.

Comment habiter son corps ?
Sans prise. Lorsque à sa source l’émotion ne provoque plus de blocage. Non coupé, articulé et fluide, il est langage.

Corps banalisé ou déterminé ?

L’identité se retrouvera, tandis que l’imaginaire est sexuel et dense.
Par le mouvement culturel et habituel, le corps s’adapte, laisse échapper, est manipulé, entraîné à déconnecter et dé-coordonner.

Dans ce voyage à travers soi, s’ouvre la brèche de l’infini, du temps désynchronisé. Quand le corps ne retient l’esprit sur Terre. Quand les images surgissent.

Elle dira sa surprise au timbre de ma voix ; renvoyée à une « époque antérieure ».

Je suis la performance de mon corps. En harmonie et rejet. Le corps sauvage expérimenté.
L’accoutumance au bruissement ;

fréquence ondulatoire.

« Bagarre des corps » :

garantir la fuite en avant.