Nous habitons la nudité de notre corps

« C’est un paysage entre l’apocalypse et le silence, entre l’éblouissement du cilice et le chatoiement des silex, un monde minéral, une fresque fossile racontant le combat de la terre et du ciel. »
J. Lacarrière, 1990.

 
Il y a une puissance du paysage qui nous pousse à vouloir s’immerger en lui et le traverser. Celui-ci nous enveloppe. Il n’est pas devant soi comme un objet et ne se définit pas seulement par le regard. Il est une atmosphère. Un halo sensoriel où chaque sens se mêle aux autres.
C’est dans cette superposition de profondeurs que je me suis engagée sur les flancs des volcans. Sommets de lave surplombant les océans. D’ici, je tente de saisir cette suspension d’un instant éternel. La lave coule et se fige. Formant et déformant le paysage. Depuis des millions d’années.
S’éveille en moi le pressentiment que la terre est un immense corps vivant. Un feu ardent. Qui se déploie dans une autre dimension du temps. Où chaque couche de sédiments se situe dans la continuité de la précédente et de la suivante. On tente de saisir l’uniformité des dépôts de la matière où il n’y a parfois que ruptures et ruines. Le sol est un palimpseste dont chacune des strates nous livre ce qui s’est passé et peut s’ouvrir pour de nouveaux futurs.
C’est une terre inconnue et qui déjà se dérobe. S’éboule sous mes pas. Le sol s’effondre, glisse, s’effrite. Il faut se ré-ancrer et atterrir dans ce territoire mouvant de nos existences. Marcher sans carte et trouver les outils de compréhension et de représentation du territoire paysager. Regarder à ras de terre, trouver un nouveau rapport du sous-sol à la surface terrestre. D’un sol dont on apprend à saisir les soubresauts. Passer la tête sous la peau de la planète.


Mars 2020.